HISTOIRE 1
La maison familiale (B. Healey) c.p.agr.
Le petit Donald entouré de ses parents
(B. Healey) c.p.agr.
Dès son plus jeune âge, DMH montre un vif intérêt pour l’automobile, avec toutefois une préférence pour l’aviation. Avec plus ou moins de succès, il réalise des avions à propulsion élastique en s’inspirant d’une revue hebdomadaire décrivant la théorie du vol. Il construit des chars à voile maison et pratique le surf sur la plage de Perranporth, son terrain de jeux favori.
Sur cette plage, il découvre régulièrement mille trésors apportés par la mer après un naufrage ou un acte de piraterie survenu au large des côtes. Des bidons d’essence, des réserves de chandelles pour tout le village, des tonneaux de vin français pour le bonheur des poivrots du coin ou encore de l’huile de lin. On imagine aisément la magie que devaient représenter ces découvertes pour ce gamin curieux et émerveillé. Plus tard, le jeune Donald bricolera une sorte de buggy avec lequel il passera des heures à conduire sur la plage.
La Grande Guerre
Passé l’âge tendre, le temps est venu pour DMH de prendre sa scolarité en main. Il entre alors au collège de Newquay, mais sa passion pour l’aviation le pousse rapidement à prendre d’autres initiatives. De son propre chef et avec ses propres mots, il écrit à trois constructeurs d’avions de l’époque, Sopwith, Avro et Bristol. Contre toute attente, il reçoit une réponse positive de la société Sopwith. DMH craint toutefois que son père, qui n’est pas au courant de sa démarche, ne lui donne pas son accord. À sa grande satisfaction, Frédérick Healey accepte, sous certaines conditions, que son fils quitte prématurément l’école pour s’installer à Kingston-upon-Thames, à quelque 400 km du cocon familial.
Nous sommes alors en 1914. Le jeune Donald n’a que 16 ans et la Première Guerre mondiale éclate.
Les discussions et recommandations de la famille, alors que DMH « quittait la Cornouaille pour l’Angleterre » en ces temps troublés, devaient aller bon train. Sur place, à Kingston-upon-Thames, un pasteur méthodiste est chargé par son père de veiller sur l’adolescent et notamment de le faire assister à la messe. Selon les dires de l’intéressé, cette contrainte ne fut toutefois pas un problème, car le pasteur en question était le père de deux ravissantes jeunes filles.
Dans son élément chez le constructeur Sopwith, il polit et bouchonne des capots de moteurs, effectue des montages de cellules, installe les câbles de haubanage des ailes, apprend à caler les angles d’attaque et règle le vrillage des ailes. Il y fera également ses premières armes devant les machines-outils de l’entreprise, d’où sortira notamment "le Sopwith Camel, qui fut l’un des avions emblématiques conçus par son bureau d’études. C’était l’un des avions de chasse les plus maniables de son époque, mais aussi l’un des plus difficiles à piloter. Il y eut d’ailleurs autant de pilotes de Camel tués dans des accidents que perdus au combat."
Perranporth c.p.agr.
Le "Seine",baie de Perran, le 23 décembre 1900 c.p.agr.
Un an plus tard, il rejoint le centre d'essai en vol de Sopwith situé à Brookland. Là, il se lie d'amitié avec Thommy Sopwith, le fils du patron. Thommy Sopwith avait volé avec l'un des frères Wright lors de ses voyages aux Etats-Unis. Car ne l'oublions pas, nous sommes en 1915, alors que le premier vol contrôlé date de 1903.
L'Aéropostale ne sera quant à elle créée qu'en 1927, soit treize ans plus tard.
C'est également en 1927 que Charles Lindbergh réussi la première traversée de l'Atlantique.
En 1914, Sopwith sortit vainqueur de la fameuse coupe Schneider avec C. Howard Pixton aux commandes d'un Sopwith Tabloid.
Sopwith Camel c.p.agr.
Le Sopwith Tabloid à Monaco en 1914, lors de la coupe Schneider c.p.agr.
Les ateliers Sopwith avec un "Tabloid" au premier plan
c.p.agr.
Thommy Sopwith autorise DMH à fréquenter un collège technique durant ses heures de travail, afin qu’il puisse parfaire ses connaissances en aéronautique. Durant cette période, DMH fera également une autre rencontre en la personne de Harry Hawker, un pilote émérite et un peu casse-cou, comme on peut le voir dans les films d’archives, traversant en vol des hangars d’une porte à l’autre ou passant sous des ponts. DMH fera d’ailleurs son baptême de l’air avec ce faucheur de marguerites émérite.
Chez Sopwith, DMH participe activement à la mise au point d’un système de tir à travers l’hélice, en installant des déflecteurs de balles sur les bords d’attaque et de fuite des pales. Mais finalement, Sopwith sera supplanté par Constantinesco et son système hydraulique synchronisé, permettant de tirer à travers l’hélice sans toucher les pales en rotation.
Harry Hawker initie également DMH à la conduite sportive automobile, tout cela bien entendu sans permis puisqu’il n’a pas encore 18 ans. Atteint d’une tuberculose incurable, Harry Hawker décèdera aux commandes de son avion en 1921, lors d’une participation à un derby aérien.
C. Howard Pixton (centre) Thommy Sopwith (à droite) c.p.agr.
Harry Hawker c.p.agr.
Donald Healey arborant
fièrement ses ailes en 1916
(B. Healey) c.p.agr.
Après une courte convalescence, il est affecté à un escadron de défense dont la mission principale est d’abattre les dirigeables Zeppelins à l’aide d’armes plus ou moins exotiques. Parmi celles-ci, un tube placé entre ses jambes lui permet de lâcher des engins incendiaires munis d’hameçons, censés s’accrocher à la toile du dirigeable pour y mettre le feu.
On se croirait en plein cartoon de Satanas et Diabolo. Malgré tout, face à ces engins lents et difficilement manœuvrables que sont les Zeppelins, son escadron obtient de bons résultats avec cette technique, jugée plutôt facile par DMH.
Mais au fond de lui, Donald sait qu’il ne pourra pas poursuivre sa carrière de pilote d’avions. Chef d’escadron au sein du Corps Warwick Air formation, il subit en vol une violente crise de vertiges. On lui diagnostique alors le syndrome de Ménière, dont il restera affecté jusqu’à perdre l’ouïe d’une oreille.
Il recevra la Victory Medal pour avoir servi sur le théâtre des opérations en France, mais sera finalement abattu, selon lui, par ce qui pourrait être un obus allié. Après plusieurs semaines de convalescence, il passe, le 16 novembre 1917, devant une commission qui le déclare inapte au service actif pour cause de neurasthénie. Dans sa biographie, il dira avec humour que ses rêves de devenir un second Harry Hawker se sont envolés à jamais. Il n’est cependant nullement affecté par cette décision, car ce dernier accident a sérieusement entamé son enthousiasme pour l’aviation. Il est alors transféré à la direction de l’inspection aéronautique, chargé de contrôler la qualité des pièces réalisées par des sous-traitants répartis dans tout le pays. Il terminera son engagement sous les drapeaux au service de la firme Avro à Plymouth, affecté cette fois au contrôle de la fabrication des ailes d’avions. C’est là qu’à nouveau, il se lie d’amitié avec le fils du patron, en la personne de Kenneth Heal, un passionné de radio sans fil. Heal lui transmettra ce virus, et DMH pratiquera l’électronique comme hobby jusqu’à la fin de sa vie.
Un an après la fin de la Première Guerre mondiale, il tente de retourner chez Sopwith. Mais les annulations massives des contrats de guerre ont contraint l’entreprise à se reconvertir dans la fabrication de carrosseries pour l’automobile. En désespoir de cause, il retourne dans son village natal de Perranporth et entame des études d’ingénieur en automobile par correspondance, tout en obtenant une licence de radio. Plus tard, il développera et commercialisera un émetteur baptisé « Perraphone ». Après avoir réalisé avec succès plusieurs transmissions en compagnie de son frère Hugh, il sera le premier en Angleterre à établir une communication radio avec un avion en vol.
Dans les tribunes d'un hippodrome (B. Healey)
c.p.agr.
L’envie de voler et le désir d’entrer dans le RFC (Royal Flying Corps, ancienne RAF) accaparent ses pensées. À l’écoute d’un discours de recrutement prononcé par un parlementaire britannique, DMH apprend qu’il est plus rapide de passer par l’infanterie pour rejoindre l’aviation. Comme il n’a pas encore 18 ans, il triche sur son âge et s’enrôle dans un régiment. Mais son père, qui ne l’entend pas de cette oreille, révèle la supercherie à l’armée, qui annule aussitôt l’engagement du rejeton. DMH retourne donc chez Sopwith, où il reste jusqu’au début de 1916.
Une fois l’âge requis atteint, il tente à nouveau sa chance et se présente à un point de recrutement du RFC à Earls Court. Afin de mettre toutes les chances de son côté, il se fait passer pour un mécanicien sur avion et passe un test qui lui permet d’être engagé. Il va pourtant rapidement regretter son choix, pensant qu’il aurait mieux fait de rester tranquillement chez Sopwith, où le forfait d’étude payé par son père comprenait également une formation de pilote. Au lieu de cela, le jeune DMH commence par une formation de fantassin dans la cour de la caserne, sous les aboiements d’un sergent-major. Une fois ce « formatage » terminé, il peut enfin goûter aux joies du pilotage. Et avec DMH aux commandes, les étapes de progression vont alors s’enchaîner rapidement. Le 9 mai 1916, premier vol en uniforme. Le 15 juin 1916, premier vol solo. Le 20 juin 1916, obtention de sa licence de pilote, avant son permis de conduire, sur l’aérodrome de Castle Bromwich, après un total de neuf heures et demie de formation. Totalisant cinq heures de vol seul à bord, il est engagé dans un escadron opérationnel sur la France.
Le 30 juillet 1916, il s’écrase dans les tribunes de l’hippodrome de Doncaster où des militaires se reposent. Heureusement, il n’y aura pas de blessé, mais l’avion est détruit et notre DMH se retrouve trempé d’essence jusqu’aux os. Il dira plus tard que cet événement fit partie des quelques situations qui l’ont « secoué » durant sa carrière de pilote d’avions et d’automobiles.
Donald Mitchell Healey (dit DMH) 3 juillet 1898 – 13 janvier 1988
Donald Healey naît le 3 juillet 1898 à Perranporth, un village de pêcheurs devenu aujourd’hui un spot de surf réputé sur la côte nord de la Cornouaille. Il est l’aîné des deux fils de John Frederic Healey et de son épouse Emmie, fille de l’épicier du village. John Frederic Healey, qui possède le sens des affaires, assure à sa petite famille des revenus confortables. Il travaille notamment dans l’immobilier, tout en développant, en tant que directeur, les activités du commerce de son beau-père. Il sera également le premier habitant de Perranporth à posséder une voiture, une Panhard & Levassor, seul véhicule à moteur au milieu des chevaux et calèches encore omniprésents sur les routes chaotiques de l’époque.
Passionné de vitesse, John Frederic Healey soutiendra son fils Donald dans pratiquement toutes ses futures démarches et entreprises.
Perranporth c.p.agr.
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